Eraser, the art of self destruction

I want you to make me, I want you to take me, I want you to break me, then I want you to throw me away...

05-07-2006

La Palestine en chantier

Aujourd'hui, j'ai passé l'après-midi devant Arte.
Je suis tombée sur un documentaire extrêmement intéressant: La Palestine en chantier.
Shimon Dotan, le réalisateur, nous montre la vie politique de la Palestine vu par les prisonniers incarcérés dans des prisons palestiniennes.
Le réalisateur a eu la chance de pouvoir interviewer des personnalités politiques incarcérées ainsi que des fervants militants du Hamas et de la Fatah.
Bien évidemment, dès qu'il y a un attentat, on pense forcément aux victimes, souvent civiles, et on nous donne souvent le point de vue du peuple touché, et non des auteurs de ces attentats.
Là, avec ce documentaire, on a la possibilité de "comprendre", d'entendre le point de vue des auteurs. Et c'est franchement intéressant de voir leur raisonnement, si bizarre peut-il nous sembler.
Dans le reportage, qui a été filmé majoritairement dans deux grandes prisons palestiniennes, on peut constater que ce sont les femmes les plus radicales dans leurs propos, mais aussi dans leurs actes.
Ce sont de toutes jeunes femmes, contrairement aux détenus masculins majoritairement plus âgés.
Voilà ce qui expliquerait d'ailleurs la radicalité de leurs propos, comme l'a souligné Qadora Fares, ancien ministre palestinien, qui fut lui aussi incarcéré.
On explique aussi la radicalité des propos tenus par les femmes par le fait que celles-ci doivent toujours montrer "plus", prouver quelque chose de plus que les hommes, ce qui implique alors qu'elles doivent être de fervantes militantes afin de se faire entendre, et donc d'effectuer des choses plus "frappantes".
Aussi, alors que les hommes semblent s'assagir au fil de leur détention, et changer de point de vue face à ce qu'ils ont pu faire/dire, les femmes, elles, restent campées sur leurs positions, et ne regrettent absolument aucun de leurs actes.
L'une d'entre elles, qui a aidé un martyr à accomplir son objectif, ne regrette absolument pas son acte, et est plutôt fière de ce qu'elle a accompli, puisqu'elle trouve qu'elle a pu lui donner la vie qu'il recherchait, à savoir celle après la mort.
Son travail consistait à trouver l'endroit idéal pour qu'il puisse se faire exploser. Elle a donc trouvé pour cible un restaurant très fréquenté. Cette jeune femme a emmené le futur martyr sur les lieux, où elle lui a demandé de déjeuner, puis d'attendre quinze minutes avant de se faire exploser.
Lorsque l'intervieweur lui a demandé ce qu'elle a ressenti lorsqu'elle a entendu l'explosion, elle a répondu qu'elle ne pensait qu'au martyr, à son visage si "innocent". En aucun cas, elle n'a pensé aux victimes.
Le regret n'est ici pas possible pour elle, puisqu'il s'agit d'un moyen de défense; Les palestiniens tuent des israeliens, et vice versa.
Cette femme (il me semble) est condamnée à perpétuité, et ne reverra sûrement plus ses enfants.
Ceux-ci, contrairement aux apparences, comptent beaucoup pour la jeune dame, mais finalement, celle-ci se sera sacrifiée pour l'avenir de ses enfants, car c'est pour eux qu'elle a également participé à cet attentat suicide.

De plus, contrairement à ce qu'on pourrait penser, les gens impliqués dans ces attentats sont des gens instruits, qui ont pour la plupart fait des études de sciences-politiques.
La jeune femme dont je parlais au-dessus, a elle-même fait des étude de sciences-po et travaillait pour la télévision israélienne. (Anecdote: elle a elle-même annoncé à la télévision l'attentat dont elle était responsable).

J'imagine qu'on ne peut pas, par le biais de ce documentaire, avoir une vision objective des prisons palestiniennes, puisque toutes ne doivent être pas aussi biens que celles qu'on l'a pu voir, mais c'est un documentaire qui mérite d'être vu.
Ces deux prisons ont en fait été transformées en universités, tous les détenus ont accès une formation, gratuite.
Car, finalement, l'instruction est le seul moyen pour eux de garder contact avec la vie, de rester avec cette dernière.
Voilà pourquoi les détenus passent leur temps entre leurs bouquins, la télévision (journal), la radio, et tout ce qui pourrait leur permettre de rester informer, de rester dans leur époque, en fait.

Ce qui est aussi intéressant, c'est que les prisonniers se retrouvent en groupes. En deux groupes, plutôt:
Les partisans de la Fatah d'un côté, et les partisans du Hamas de l'autre.
Ainsi, ils peuvent partager leurs idées en toute tranquilité, et de manière enrichissante. Ils ne dénigrent pas pour autant l'autre groupe car, comme le disait un des détenus, ils sont tous incarcérés, tous dans la même situation, et surtout, ce sont tous des êtres humains.

Malgré tout, certains détenus restent tout de même fidèles à leur vision de départ.
Ainsi, on peut entendre converser deux détenus dont un qui rêve, après sa libération, de se marier et d'avoir des enfants, pour les emmener sur les fronts de combats. Il dit même: "J'aimerais leur mettre moi-même la ceinture d'explosifs autour de la taille." . Il explique ensuite qu'il a vu une mère donner l'arme à son fils, martyr, et qu'il voudrait lui ressembler.
Vous auriez du voir l'expression de son visage. C'était vraiment fort et intéressant comme moment.

Le présentateurs de l'émission a posé une question particuliérement intéressante: faut-il être incarcéré pour obtenir la légitimité politique?
Il est vrai qu'on peut se poser la question, car beaucoup sont passés par la prison avant d'être élus.

Je ne suis pas une pro du conflit israelo-palestinien, je ne fais que donner ma pauvre impression, mais je vous conseille vivement de regarder ce documentaire, si vous en avez l'occasion, car il le mérite.

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Ci-dessus, les prisonniers se retrouvent afin d'échanger leurs points de vue.

Posté par Eraser à 05:44 PM - Adrift... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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